Le livre

La psychanalyse est, cela au moins est sûr, un travail de parole : on parle, on écoute, on entend ce qu’on entend. En bonne logique, on psychanalyse dans une langue, que parlent l’analysant et l’analyste. Que peut vouloir dire alors : psychanalyser en langues, avec un s ? C’est la question que se sont posée des psychanalystes et des philosophes français et chinois, chinois et français, parfois bilingues ou pratiquant du moins les deux idiomes, et parfois simplement ébahis de ce que la question-même leur faisait découvrir. « Une langue, entre autres — et il s’agit là pour nous autant des langues de l’inconscient que des langues dites « naturelles » —, n’est rien de plus que l’intégrale des équivoques que son histoire y a laissé subsister ». Cette phrase de Jacques Lacan nous a servi à tous de toile de fond. Pour explorer dans nos pratiques très diverses de psychanalystes et de traducteurs comment un autre et une autre langue, non pas absolument autres mais quand même, nous obligeaient à comprendre moins vite, à accidenter la vérité occidentale, et à éprouver jusque dans nos techniques la « varité » au lieu de la « vérité ».
Cet ouvrage rassemble les travaux issus de plusieurs séminaires et journées de travail franco-chinois, tenus dans le cadre du programme « Langue chinoise et pratique de la psychanalyse » élaboré par Barbara Cassin (Centre Léon Robin) et Françoise Gorog (IHP Sainte-Anne), qui se sont déroulés tant à Sainte-Anne qu’à l’ENS Ulm entre 2013 et 2015. Il est riche de réflexions croisées sur l’« intraduisibilité » féconde d’un certain nombre de fondamentaux, du monde européen aux mondes chinois et japonais, et sur les malentendus comme sur les jeux, enjeux et transferts de sens qu’on peut relever sur ce registre, dans un domaine particulièrement propre à les accueillir et les travailler, celui de la psychanalyse. Lacan, ne serait-ce que pour son intérêt pour la langue et la culture chinoises et leur rôle dans son parcours, est la référence majeure.